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Les accidents de la vie courante en chiffres

Environ 21 000 décès par an en France selon Santé publique France, et le plus souvent aucun responsable à qui réclamer réparation. Voici les chiffres officiels, datés, et ce qu'ils signifient pour l'indemnisation.

Mis à jour le 31/10/2026 par Frédéric Pegon, agent général Allianz à Mâcon.

Une chute dans l'escalier, une main entaillée en cuisinant, une cheville brisée au football du dimanche. Ces accidents paraissent banals, et c'est leur piège. Santé publique France leur attribue pourtant la moitié des décès par traumatisme en France, et plusieurs millions de passages aux urgences chaque année.

Le second piège est financier. Sur la route, la loi désigne un payeur. Au travail, la Sécurité sociale applique un régime spécial. À la maison ou au sport, il n'y a le plus souvent personne d'autre que la victime.

Qu'est-ce qu'un accident de la vie courante ?

Pour Santé publique France, un accident de la vie courante est un traumatisme non intentionnel qui n'est ni un accident de la circulation ni un accident du travail.

L'agence les classe selon le lieu ou l'activité, sur sa page Traumatismes (mise à jour du 18 novembre 2025) :

  • les accidents domestiques, à la maison et à ses abords immédiats ;
  • les accidents survenus à l'extérieur, dans un magasin, sur un trottoir, près du domicile ;
  • les accidents scolaires, dans les locaux, pendant l'éducation physique ou sur le trajet ;
  • les accidents de sport ;
  • les accidents de vacances et de loisirs.

La définition procède par exclusion : la route et le travail ont leur propre système d'indemnisation. C'est le même découpage que celui des contrats Garantie des accidents de la vie, qui excluent les accidents du travail, de trajet et de la route.

Combien de victimes, et qui sont-elles ?

Les accidents de la vie courante causent environ 21 000 décès par an en France, soit la moitié des quelque 40 000 décès par traumatisme, selon Santé publique France.

Cet ordre de grandeur, publié sans année de référence, se complète par trois séries de l'agence : les causes de décès (dernière analyse détaillée sur 2016), les chutes des personnes âgées (2024) et l'Enquête permanente sur les accidents de la vie courante, dite EPAC, qui enregistre les passages aux urgences de quelques hôpitaux (2021).

IndicateurChiffreAnnée des donnéesSource Santé publique France
Décès par accident de la vie couranteenviron 21 000 par annon préciséePage Traumatismes, mise à jour du 18/11/2025
Passages aux urgencesplusieurs millions par annon préciséePage Traumatismes, mise à jour du 18/11/2025
Décès par accident de la vie courante, décompte détaillé24 211 (4 % des décès)2016BEH n° 16, 26/10/2021
Part des chutes dans ces décès46 %2016BEH n° 16, 26/10/2021
Part des 65 ans et plus dans ces décès79 %2016BEH n° 16, 26/10/2021
Décès d'enfants de moins de 15 ans2262016BEH n° 16, 26/10/2021
Décès en lien avec une chute, 65 ans et plus20 1482024Page Chute, données, mise à jour du 30/03/2026
Hospitalisations en lien avec une chute, 65 ans et plus174 8242024Page Chute, données, mise à jour du 30/03/2026
Part des chutes parmi les passages aux urgences55,8 %2021Bulletin EPAC du 06/08/2024 (6 hôpitaux)
Part des moins de 15 ans parmi ces passages34,1 %2021Bulletin EPAC du 06/08/2024 (6 hôpitaux)
Part des 75 ans et plus parmi ces passages14,7 %2021Bulletin EPAC du 06/08/2024 (6 hôpitaux)

Sources : Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 16, 2021 ; page Chute, données ; bulletin EPAC 2021. La part des moins de 15 ans est calculée sur le tableau par âge du bulletin (16 665 passages sur 48 908).

Deux âges en première ligne

Chez les jeunes enfants, ces accidents représentaient en 2016 20 % de l'ensemble des décès des 1 à 4 ans, première cause de mortalité à cet âge. Aux urgences EPAC en 2021, 80,3 % des accidents des 0 à 4 ans survenaient dans l'habitat. Voir la page GAV pour les enfants.

À l'autre bout de la vie, la chute domine. En 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont décédées en lien avec une chute, avec un taux en hausse de 18 % par rapport à 2019. Chez les 75 ans et plus vus aux urgences EPAC en 2021, la marche était l'activité en cause dans 52,1 % des cas. Voir la page GAV pour les seniors.

Précaution de lecture : les 6 services d'urgence EPAC (48 908 passages en 2021) ne sont pas représentatifs de toute la France. L'agence y voit de bons indicateurs, pas un recensement.

Au sens de l'assurance, un accident doit être soudain, imprévisible et extérieur

Un accident compté par les statisticiens n'est pas toujours un accident au sens d'un contrat d'assurance, qui exige un fait soudain, imprévisible et extérieur à la victime.

Le document de référence du label GAV (version de janvier 2020) précise ces critères jurisprudentiels. Soudain : le dommage survient d'un coup, ce qui écarte l'usure. Imprévisible : il résulte d'un aléa. Extérieur : la victime a un rôle passif, ce qui permet d'écarter les actes intentionnels et les pathologies relevant de la maladie. Le document rapporte cinq cas jugés :

  1. Arrêt cardiaque causé par un froid glacial, chez une personne déjà victime d'un arrêt cardiaque : accident reconnu, la température constituant la cause extérieure.
  2. Chute d'un balcon en voulant attacher un fil à linge : accident refusé, faute pour l'assuré d'expliquer la cause de la glissade.
  3. Décès dans un accident de la circulation sous l'emprise de l'alcool : extériorité refusée, l'imprégnation alcoolique étant la cause de l'accident.
  4. Arrêt cardiaque d'un homme de 19 ans pendant un match de football, porteur d'une pathologie cardiaque héréditaire sans symptôme : l'assureur avait refusé, la Cour de cassation a retenu la participation au match comme cause extérieure.
  5. Endormissement au volant : il ne peut constituer la cause extérieure prévue au contrat.

Dans son rapport 2016, le médiateur de l'assurance a rappelé que l'assureur ne saurait limiter la notion d'accident au dommage causé par un tiers. La définition écrite dans le contrat compte donc autant que le montant garanti.

Ces accidents tombent dans un trou d'indemnisation, faute de responsable

Un accident de la vie courante n'a le plus souvent aucun responsable, et sans responsable, personne n'est tenu de réparer les préjudices de la victime.

Selon l'article 1240 du Code civil, celui dont la faute cause un dommage à autrui doit le réparer. Les victimes de la route ont en plus la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, et les salariés accidentés au travail un régime propre de la Sécurité sociale.

Rien de tel pour une chute seul dans son escalier. En 2021, 55,7 % des passages aux urgences EPAC dont le lieu était connu concernaient l'habitat, où il n'y a souvent pas d'autre acteur que la victime. Restent l'Assurance maladie et la complémentaire santé, qui remboursent des soins, pas le déficit fonctionnel permanent, l'aménagement du logement ou l'aide d'une tierce personne.

L'essentiel à retenir

  • Un accident de la vie courante n'est ni un accident de la route ni un accident du travail (Santé publique France).
  • Environ 21 000 décès par an et plusieurs millions de passages aux urgences (page mise à jour du 18/11/2025).
  • En 2016, 24 211 décès, dont 46 % par chute et 79 % chez les 65 ans et plus.
  • En 2024, 20 148 décès en lien avec une chute chez les 65 ans et plus.
  • Pour l'assureur, l'accident doit être soudain, imprévisible et extérieur.
  • Sans responsable, seuls les soins sont remboursés.

Questions fréquentes

Un accident sur le trajet du travail est-il un accident de la vie courante ?

Non. Il relève du régime des accidents du travail de la Sécurité sociale, et il est exclu des contrats GAV.

Pourquoi les chiffres de décès varient-ils entre 20 000 et 24 000 ?

Ils ne mesurent pas la même chose : 21 000 est un ordre de grandeur annuel, 24 211 le décompte de 2016, et 20 148 ne concerne en 2024 que les décès liés à une chute après 65 ans.

Une chute à domicile est-elle toujours indemnisée par une GAV ?

Pas automatiquement. Elle doit répondre à la définition de l'accident du contrat et atteindre le seuil d'invalidité de la formule choisie. Dans un cas jugé, une chute de balcon inexpliquée n'a pas été reconnue.

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